






DISCOURS PRONONCÉ LORS DE LA COMMÉMORATION DU 19 AOÛT 2026
Chères Vernoliennes, chers Vernoliens,
Chers anciens combattants,
Mesdames, Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames, Messieurs les Présidents d’associations,
Mesdames, Messieurs en vos grades et qualités,
Chers élus de Verneuil-sur-Seine, des Mureaux et Meulan-en-Yvelines,
Mes chers amis,
Chaque 19 août, depuis plusieurs années maintenant, nous nous retrouvons dans notre forêt pour commémorer deux événements qui, à première vue, pourraient sembler distincts. La Libération de Verneuil-sur-Seine. Et la mort, au-dessus de cette forêt, du Major Henry Shurdl.
A l’aube de ce nouveau mandat municipal et avec une équipe d’élus renouvelés, nous sommes réunis ici, sur l’Aérodrome des Mureaux-Verneuil Sur Seine, à quelques centaines de mètres de la stèle devant laquelle nous nous recueillons habituellement. La raison en est simple : l’été et le risque d’incendie nous imposent cette précaution.
Mais si le lieu change aujourd’hui, l’Histoire, elle, reste exactement la même. Et peut-être même que cet endroit nous rappelle quelque chose d’essentiel : pour comprendre l’Histoire, il faut parfois prendre un peu de hauteur.
Alors remontons le temps.
Nous sommes le 19 août 1944. Paris n’est pas encore libéré. La France est encore occupée. Mais ici, à Verneuil, quelque chose est déjà en train de basculer. Les forces alliées progressent.
Les Allemands reculent. Et dans le ciel de notre commune, les combats font rage. C’est dans ce contexte que le Major Henry Shurdl, pilote américain de 25 ans, s’engage dans ce qui sera son dernier combat. Son P-47 Thunderbolt traverse le ciel au-dessus de notre forêt. Puis l’avion est touché. Il s’écrase ici, à Verneuil. Le Major Shurdl meurt. Et pourtant, plus de quatre-vingts ans après, il reste bien vivant dans nos mémoires parce qu’il est devenu, sans jamais avoir connu notre ville, une part de son histoire.
Et d’autant plus que l’histoire du Major Shurdl ne s’arrête pas là. Elle continue avec un jeune Vernolien. Un enfant. George Rémy. C’est lui qui découvre l’épave de l’avion. Il découvre les restes de ce P-47 dans notre forêt, et cette découverte va laisser une trace profonde dans notre ville puisque même les Nazis claqueront des talons pour saluer son cercueil lorsque dans un élan de résistance, les vernoliens auront décidé de lui rendre hommage. Pendant des décennies George Rémy continuera à transmettre cette histoire. Et certains d’entre vous se souviennent de lui.
J’ai eu, moi aussi, la chance de le connaître. Et je n’oublierai jamais le jour où, dans son garage, il m’a tendu des fragments du P-47 Thunderbolt. Des morceaux de métal. Des morceaux d’un avion qui avait traversé le ciel de Verneuil le 19 août 1944. Je les ai confiés à la Ville. Et ils sont aujourd’hui exposés dans le hall de notre mairie. Parce que la mémoire a parfois besoin d’objets. Un morceau de métal peut raconter davantage qu’un long discours.
Il nous rappelle que derrière les mots « Libération », « Résistance » ou « guerre », il y avait des machines, des blessures, des corps et surtout des hommes et des femmes. Des hommes comme Henry Shurdl. Des hommes comme George Rémy.
Mais pendant que le Major Shurdl combattait dans le ciel, d’autres Vernoliens combattaient autrement. Je pense notamment à l’Abbé Paul Masure. Professeur de philosophie à Notre-Dame-les-Oiseaux, il participe à la Résistance locale. Il contribue à structurer un réseau clandestin. Il est arrêté. Puis déporté. Et pourtant, même dans l’épreuve, il ne renonce ni à sa foi, ni à son espoir. Son histoire nous rappelle que la Résistance ne fut pas seulement celle des maquis et des armes. Elle fut aussi celle des consciences. Celle de femmes et d’hommes qui, dans leur quotidien, décidèrent qu’ils ne pouvaient pas accepter l’inacceptable.
Je voudrais évoquer la mémoire d’un autre homme dont le nom est profondément associé à Verneuil en août 1944. Le général Dwight Eisenhower. En août 1944, alors que les forces alliées avancent vers Paris, Eisenhower installe son dernier quartier général avant la Libération de la capitale à Verneuil-sur-Seine. Et c’est ici que notre histoire locale rencontre une histoire beaucoup plus grande. Car ce choix de Verneuil n’est pas anodin. Il nous ramène à un autre homme. Un homme né à Paris, mais dont la famille est profondément liée à notre ville : Alexis de Tocqueville.
Tocqueville a grandi à Verneuil. Son père, Hervé de Tocqueville, fut le premier maire de Verneuil après la Révolution française. Et Alexis de Tocqueville deviendra l’un des plus grands penseurs de la démocratie. Il parcourra l’Amérique. Il observera ses institutions. Il cherchera à comprendre comment une société d’hommes libres peut construire une démocratie durable. Son grand sujet, au fond, sera celui de la liberté. Comment la préserver ? Comment éviter qu’une démocratie ne se retourne contre elle-même ? Comment faire vivre l’égalité sans détruire la liberté ?
Pourquoi est-ce important aujourd’hui, le 19 août 2026, dans cette cérémonie consacrée à la Libération de Verneuil ? Parce qu’en 1944, l’Histoire nous offre une extraordinaire coïncidence. Le général américain Dwight Eisenhower, commandant des forces alliées qui viennent libérer la France, choisit comme dernier quartier général avant Paris une ville intimement liée à celui qui, un siècle plus tôt, avait consacré une grande partie de sa vie à comprendre la démocratie américaine. Tocqueville avait traversé l’Atlantique pour comprendre l’Amérique. Et un siècle plus tard, l’Amérique est venue jusqu’à Verneuil pour libérer la France. Il y a là quelque chose de profondément symbolique. Tocqueville avait voulu comprendre les ressorts de la démocratie. Eisenhower venait la défendre.
Ce passage de témoin, nous le commémorerons aujourd’hui ici, sur cet aérodrome. Le lieu est symbolique pour les passionnés d’aéronautique. Il est un lieu de transition entre ceux à qui nous devons la liberté et ceux qui la défendent au quotidien puisque tous les deux ans, notre fête de l’air et de l’espace met à l’honneur notre armée de l’air et de l’espace.
C’est dans cet esprit que nous planterons ici à l’automne un tulipier. Le même arbre dont le bois a permis de créer la stèle en mémoire du Major, dans la forêt. Il prendra racine ici, à proximité de cette forêt. Et nous y apposerons une plaque. Un jour, peut-être, un enfant demandera pourquoi cet arbre est là.
Et quelqu’un pourra lui raconter. Il lui parlera de la forêt. De la Libération. De George Rémy. De l’Abbé Masure. De Tocqueville. D’Eisenhower. Et d’un jeune pilote américain de 25 ans qui, le 19 août 1944, a donné sa vie au-dessus de Verneuil. Alors l’arbre aura accompli sa mission.
Les temps changent mais la mémoire passe. Il nous faut donc aussi tirer une conséquence de ce que nous vivons aujourd’hui. Nous avons toujours commémoré la Libération le 19 août, parce que c’est le jour où le Major Shurdl est tombé. Mais notre forêt est un patrimoine que nous devons protéger. Et le risque incendie du mois d’août n’est plus compatible avec l’organisation sereine et durable d’une cérémonie dans la forêt. Cette année, nous avons donc exceptionnellement déplacé notre commémoration. À partir de l’année prochaine, nous changerons également la date de notre cérémonie.
Le 19 août restera inscrit dans notre histoire. Il restera la date du sacrifice du Major Shurdl. Mais nous choisirons désormais un moment de l’année où nous pourrons retourner dans la forêt en sécurité, accueillir davantage de Vernoliens, davantage d’enfants, davantage de familles et continuer à faire de cette cérémonie un véritable moment de transmission collective. Car une commémoration n’est pas faite seulement pour ceux qui savent déjà. Elle est faite pour ceux qui doivent apprendre. C’est pourquoi nous la déplacerons dorénavant à une date symbolique : celle de la journée internationale de la paix, le 21 septembre.
Car à travers cette journée de commémoration, c’est bien la paix que nous devons célébrer, autant que la mémoire. C’est la paix qui permet de tisser les liens entre les peuples et qui au-delà des orientations politiques éphémères, soude notre pays, la France, aux États-Unis. Et c’est la paix qui doit être notre boussole, d’autant plus lorsqu’elle est mise à mal sur notre continent, autour de la Méditerranée et partout dans le monde.
Alors aujourd’hui je fais la promesse que, génération après génération, Verneuil se souviendra. Et qu’à Verneuil, la paix restera notre valeur cardinale.
Vive la mémoire de la Libération.
Vive la mémoire du Major Henry Shurdl.
Vive l’amitié franco-américaine.
Vive la liberté.
Vive la paix.
Vive Verneuil-sur-Seine.
Vive la République.
Et vive la France !

